Vous pourrez lire sur cette page des nouvelles et des textes écrits au fil du temps. Bonne lecture.

Contre vents et marées

 La ville se couvre de sa longue cape noire.

Des paillettes de lumière se posent par ci par là, éclairent les fenêtres.

Les réverbères s’allument.

 Phares dans la nuit pour les matelots en perdition, ivres de plaisirs passés.

Derrière les murs, des vies en réinvention, ou en résistance.

Regarde mon capitaine.

J’ôte mon masque, pirate de l’amour, je me pare de coquillages et d’étoiles de mer.

Danse la voile.

Pas de 2, corps à corps, embruns, goût salé de ta peau, grains de sable se glissent entre nos membres emmêlés.

Derrière la porte, dans les rues, dans les coins et recoins, les campagnes, la planète Terre, le mystérieux ennemi tapi, attend de nouvelles proies.

Aimons-nous comme si ce jour sonnait la fin.

Marquons cette nuit de nos pas, n’oublions pas demain nos empreintes.

L’artificier ne pourra pas effacer les souvenirs de la cime de nos âmes.

Saudade, saudade….

Lielie Sellier

 

Les mains dans la terre me rappellent des souvenirs d'enfance. Rappelle - toi mon Louis notre émerveillement devant l'éclosion des fleurs. Lielie

Eden, ta douceur féline, tes grands yeux verts interrogatifs, ta patte de velours posée sur ma joue les jours de blues me manquent. Compagne d'écriture, il me semble souvent que tu es endormie sur mes pieds comme tu aimais le faire, agitée par quelques rêves. Tu me manques...

Miel et confiture de framboises.

 La veille, le dictateur qui régnait sur le pays, avait donné l’ordre de brûler la forêt. Ainsi ses gardes pourraient capturer Leila la magnifique panthère noire jusque-là insaisissable. Il la voulait dans son palais. Durant la nuit, le conseil des vieux sages s’était réuni.

Le lendemain matin, le dictateur El Rundo était en train d’avaler un gargantuesque petit déjeuner. La libellule était affamée, assoiffée. Du miel, de la confiture de framboise, tout ce que j’aime. Dans quel étrange pays luxuriant et triste, venait –elle de se poser ? Elle n’aimait pas le régime alimentaire de ses congénères composé de moustiques, de mouches. On la surnommait l’originale. Elle profita de l’état de béatitude du gros monsieur qui rotait les yeux fermés pour se poser sur le rebord du pot de confiture de framboises. Elle lapa quelques bouchées, quel délice ! Elle passa au pot de miel.

Cachée derrière un bosquet, Leila observait la scène. Quel courage ! À sa connaissance, aucun animal ni aucun humain n’avait jamais osé approcher si près du sanguinaire José del Rundo. La nuit dernière, les vieux sages avaient annoncé l’arrivée d’un sauveur. Était-ce cette libellule ? Les vieux sages se tenaient autour d’Oscar. En frottant l’écorce de leur ami, ils virent la libellule tout près del Rundo. Ils avaient fondé en elle tous leurs espoirs.

A l’aube alors qu’elle était endormie, Alban avait fabriqué un songe : – Viens dans notre pays petite libellule. Tu y trouveras de la confiture de framboise et du miel à volonté. Il suffira que tu chantes une chanson quand le gros monsieur que tu vas rencontrer, s’agitera devant toi. Les yeux toujours fermés, del Rundo s’octroyait un moment de détente, il rêvait qu’il traversait la forêt pour atteindre la plage et plongeait dans la mer. Il avait tellement grossi qu’il n’aurait pas pu aller très loin. Adolescent, il avait été un beau jeune homme svelte, sportif, enseveli depuis sous des couches de graisse. Le dictateur ouvrit les yeux, le soleil à son zénith l’éblouit. Quand il découvrit la libellule, rouge de colère il abattit avec violence sa grosse main sur le pot de confiture. Comment ce vulgaire petit insecte osait-il s’inviter à sa table ?

Alertée par son sixième sens, l’originale s’envola juste à temps. Ainsi le gros bonhomme voulait la supprimer. Elle était habituée, les humains la pourchasser souvent avec une tapette pour l’écraser. Les insectes étaient accusés d’être porteurs de tous les maux alors que les scientifiques indiquaient qu’ils étaient nécessaires à l’écosystème, à la biodiversité.

Elle était fatiguée de toujours voyager. Que demandait de plus à la vie que du miel et de la confiture de framboises ? Au fil des mois, l’originale réalisa de nombreux loopings afin d’étourdir les gardes. Et commença à chanter. Le dictateur se leva brusquement de sa chaise. Leila se tint prête à bondir. – Ecoute les arbres parler. Ils te raconteront la plus belle des histoires, ta venue au monde. Les paroles trouvèrent une résonnance dans la mémoire du dictateur. Ses seuls souvenirs de tendresse, d’amour profondément enfouis sous des couches de haine s’éveillèrent.

Les vieux sages dictaient à la libellule les paroles de la chanson emportées par la brise d’été. – Tu étais le plus beau des bébés. Ta grand-ma te berçait. Durant son enfance, sa grand-ma Rosa au grand cœur lui murmurait à l’oreille tout son amour. Il y avait ce chant, son préféré trouvant toujours en lui une sonorité intérieure. Depuis bien longtemps, il avait perdu les paroles. Des larmes perlèrent sur les joues del Rundo. La libellule se posa sur son nez, il ne la chassa pas. La promesse de passer toute la durée de sa vie en ayant à volonté du miel et de la confiture de framboises avait effacé toute peur.

Les vieux sages applaudirent, leur aîné Alban savait en la choisissant qu’elle ne faillirait pas. Personne ne sut jamais vraiment comment un petit insecte réussit à transformer un sanguinaire dictateur en un homme nouveau à l’écoute de son peuple. La forêt ne brûla pas.

Entourée de ses nouveaux amis, la libellule y vécut heureuse dans une petite cabane, dégustant à volonté ses mets préférés, qui suffirent à son bonheur quotidien.

 

Lielie Sellier 

For ever.

Je rentrai à pas de loup dans l’obscurité de notre chambre. J’en connaissais chaque recoin, chaque meuble et je pouvais me diriger sans réveiller Paul. L’infirmière lui avait administré comme chaque soir son somnifère plus tôt dans la soirée. Notre chambre sentait l’hôpital. Le bip bip de l’appareil qui permettait à mon mari de respirer normalement nuit et jour rythmait désormais mes nuits. Je m’y étais habituée comme à l’odeur.

Je me souvins du jour de notre mariage un jour d’été ensoleillé, de notre bonheur, des invités de renom, des membres de la Jet Set, des flashs des photographes. Cette phrase de Monsieur le curé : « Je vous déclare mariés pour le meilleur et le pire ». Paul et moi avions connu le meilleur jusqu’à l’ivresse, fous d’amour, de désir, inséparables, devinant les pensées ou les envies de l’autre sans parler. Toutes ces années, j’avais toujours eu en moi dans le creux de mon ventre une petite peur, une petite voix qui me disait attention un jour le pire pourra arriver. Trop de bonheur, cela peut faire soudainement peur. Paul était insouciant, moi un peu moins mais je ne lui parlais jamais de ma petite inquiétude. Je voulais toujours paraitre légère comme le vent. Paul enchainait succès sur succès, ses films cartonnaient au box-office. Il avait remporté plusieurs prix d’interprétation. Moi j’enchainais les scénarios, les livres et secondait Paul dans tous ses choix de rôles. Mon mari était un casse-cou, un intrépide. Il tournait lui-même les cascades de ses films sans doublure. Cela me terrifiait mais sur les plateaux je souriais en fumant ou avec un verre à la main. Je fermais les yeux.

Un matin pluvieux sur une route de Province, une cascade mal calculée à bord d’une Porsche a été presque fatale Paul a été hospitalisé, pronostic vital engagé. C’était un battant, il s’est battu pour moi, pour nous. Il a survécu, paralysé et ne pouvant respirer que grâce à une machine. Le scénario du pire s’était produit. Paul pouvait parler doucement, très lentement. Il était heureux de ne pas être mort car il pouvait encore me regarder, m’entendre, sentir ma peau contre lui, mon odeur. J’avais installé mon bureau dans la chambre, la journée ou le soir j’écrivais à ses côtés. Il me demandait de lui lire les chapitres de mes livres au fur et à mesure. Il me conseillait. Il aimait regarder la vidéo de notre mariage et celles de nos différents voyages à travers le monde plus que sa filmographie.

Une fois par mois j’avais droit à ma journée, ma soirée et ma nuit. Je partais redécouvrir la ville, je déjeunais avec des mes amis, je voyais des expos et le soir j’allais danser dans une boite de jazz à Saint Germain des Près au bras de tendres et séduisants jeunes hommes. Je les écoutais me faire la cour, je paraissais légère, enivrée, évanescente. J’aurais pu découvrir de jeunes corps nus et le meilleur peut être à nouveau. Mais au dernier moment je m’échappais pour retrouver mon refuge « Les Camélias »et mon éternel amour Paul. La voix s’était tue en moi pour me prévenir du pire et un petit refrain la remplaçait : je suis là mon amour. Dans ce vaste monde que nous avions tant parcouru, notre chambre était devenue notre antre. Au-delà du pire, il existait toujours ce lien indestructible qui nous unissait.

Lielie Sellier

Pierre, Victor, Hélène, Lucia, Louis et les autres

À mon arrivée dans le quartier d’Alésia, j’ai marché sur les traces de mes grands-parents, arrivés du Nord de la France en 1935. Ma grand-mère Lucia était membre d’une troupe de théâtre, elle déclamait les mots. Je la vois sur scène, passionnée, passionnante, belle, rayonnante. Dans le public, Louis la regarde.

Moi, leur petite-fille, j’attrape les mots que je couche dans les pages de mes romans. Romancière, tricoteuse d’histoires, vagabonde, le quartier est mon antre, source d’inspiration, je capte des bribes de conversation, des bruits, des couleurs, les lumières changeantes sur Saint-Pierre-de-Montrouge qui veille sur la place Victor-et-Hélène-Basch et les rues avoisinantes

. Le quartier se prépare, se fait beau, va abandonner ses habits d’hiver pour revêtir sa parure de printemps. Le gris des jours d’hiver sera effacé pour faire place au vert, aux couleurs, au vent printanier qui fera bruisser les feuilles dans les arbres de l’Avenue du Général Leclerc et plus loin dans le Parc Montsouris. Des voisins volontaires végétalisent le quartier, créant ci et là des échappées de nature sur le bitume de la ville. Plaisir des yeux, échappées campagnardes.

Au gré des boutiques et des restaurants, nous voyageons sur différents continents. Halte à la pâtisserie et boulangerie Saibron, plaisir des yeux et des papilles, une part de clafoutis aux fruits rouges ou de tarte au citron, souvenirs d’enfance dans un autre lieu. Dans mon quartier devenu au fil des trente ans que je viens d’y passer quartier de cœur, je me suis créé une vie à travers la création. J’aime marcher, flâner dans les rues de l’arrondissement, le nez au vent. J’aimerais pour les mois, les années à venir moins de pollution, de voitures, plus de végétalisation, de rues piétonnes, le développement des lieux de vies comme Les Grands Voisins, des couleurs à profusion.

Lucia et Louis, vous êtes là près de moi. Je vous salue.

Lielie Sellier

Aguri

Le loup est de nos jours décrié, il faut l’abattre. Il attaque les troupeaux, c’est une plaie. Il représente un manque à gagner. Le loup pour moi est un rappel de l’un de mes souvenirs d’enfance, un ami. Enfant avec mon grand-père, nous nous promenions le long de sentiers connus ou inconnus dans la montagne, blanche en sommeil l’hiver et verte, éveillée l’été. Mon grand-père a grandi en même temps qu’un jeune loup égaré dans une tempête de neige près de la ferme de ses parents. Il était blessé, affamé, épuisé. Louis et son père l’avaient porté dans la grange au chaud dans la paille sous plusieurs couvertures. Chaque jour en rentrant de l’école, Louis lui donnait la becquée tel un petit oisillon. Il resta à la ferme tout l’hiver qui fut cette année-là glacial. Un solide lien d’affection se noua entre les deux compères.

Louis lui donna le prénom d’Aguri, un prénom de l’un des personnages d’un de ses livres. Au printemps, à l’éclosion de la nature, Aguri avait retrouvé la forme. Il devait retourner à la vie sauvage. Louis et son père l’emmenèrent près d’une meute voisine. Aguri allait-il s’adapter à sa nouvelle vie ? Il allait devoir se débrouiller. Il était fort maintenant. Aguri regarda partir Louis et son père et s’avança courageusement vers le groupe de loups. Il eut de la chance, C’était son ancienne meute. Louis n’était pas bien loin, caché à contre sens du vent. Il avait observé de loin les retrouvailles. Avec les années, Aguri devint chef de meute. Louis l’appelait du haut d’une colline, il avait appris à Aguri à reconnaître ce son lors de sa convalescence. Aguri venait le rejoindre s’il était dans les parages. Il se frottait contre lui en signe de bonjour. Une solide amitié les liait. Ils jouaient un peu ensemble et Aguri repartait rejoindre sa meute. Mon grand-père m’a appris à ne pas avoir peur des animaux sauvages. J’aimais nos escapades dans la nature, l’observation des différentes espèces. Le froid ou le soleil nous enveloppait selon les saisons, le nez au vent, nos pas dans les traces d’autres pas, la main dans la main nous cheminions l’esprit libre et le cœur heureux sur les sentiers. Toute cette nature environnante était un cadeau. Un écureuil, une marmotte aperçus furtivement étaient des sourires. Mon grand-père est parti rejoindre le ciel bleu qu’il aimait tant, il a certainement retrouvé au sommet d’une montagne son ami Aguri. Mon grand –père Louis m’accompagne toujours dans mes promenades. Je lui parle sur les sentiers de montagne à travers le monde. Je suis devenu reporter animalier et porte-parole de tous mes amis à quatre pattes ou deux pattes.

Lielie Sellier

In Memoriam

Tituber, hésiter, se relever, marcher vers toi dont je viens de croiser le regard de feu. Tu me tends la main, je la saisis et la serre. Suivre tes pas, ta silhouette élancée, aérienne de danseur. Dans l’alcôve de ta chambre, le fiel amer, les maldisants n’ont plus leur place. Les maux sont effacés au seuil de la porte, remplacés par les mots doux, sucrés, murmurés au creux de nos oreilles.

Un pas de deux se dessine. Nos corps semblables se sont reconnus, nos bouches se cherchent. L’hésitation des premiers instants, l’interrogation dans le regard a disparu derrière les volutes de fumée. Nous sommes deux hommes, nous nous aimons sans fard. Nos corps enlacés dansent, se reconnaissent, s’aiment, emportés par les mélopées de jazz. Mon amour, mon amant, ta chambre devient le centre de nos espérances. Les tentures de velours sont flamboyantes.

Décidons de semer des graines pour nos amis, emportées par le vent, elles deviendront universelles, ambassadrices de notre marche, semeuses de liberté. Déjouons les croyances. Distribuons ces graines qui deviendront des fleurs. Des fleurs en réponse à la brutalité des hommes. Allumons une bougie en souvenir de nos frères, nos sœurs morts d’avoir aimé hors des chemins tracés. Nous sommes, nous serons ce que nous déciderons d’être.

Tu me murmures : N’aie plus peur. Marche comme moi, relève la tête, le regard, redresse ton corps. Habille-toi d’habits de lumière. Attrape ces rayons de soleil. Habille de ces rayons ton cœur et ton âme. Si tu es fort, si nous sommes forts, les paroles mécréantes glisseront sur notre armure secrète aux reflets lumineux. Les paroles fielleuses ont-elles un prix, mon amour ? Nous pouvons décider qu’elles n’en ont pas. Vagabonds dans nos habits de lumière, poursuivons notre route, nos pas fouleront la terre semée de nouvelles graines. Déjouons les croyances.

Distribuons ces graines qui deviendront des fleurs. Des fleurs en réponse à la brutalité des hommes. Habitons cette vie comme nous le souhaitons. Nous disons donc nous sommes, ne l’oublie pas.

Lielie Sellier

Atelier d'écriture.

 Et si on ouvrait la porte de l’atelier d’écriture, envie d’air, de libre expression, de déposer son sac, de coucher ses maux par des mots, d’oublier le tumulte du monde bien qu’il soit présent là autour de nous palpable ou impalpable dans les écrits des uns et des autres. Le vent souffle au creux de l’oreille, la main prend la plume et part en voyage de nos intérieurs, de nos univers, de nos différences.

L’atelier devient cocon, création, accoucheur, protecteur. Nous entendons les plumes effleurer le papier, courir, galoper comme des chevaux sauvages dans de grandes prairies. L’horizon s’ouvre, les plumes prennent vie, nos pensées sont couchées, délivrées bientôt elles s’envoleront à nouveau, plus de cages, les oiseaux sont libres. Si tu n’arrives pas à ouvrir la cage, nous t’aiderons de nos présences silencieuses ou en mouvement. Un papillon viendra se poser sur ton épaule et te dire que tout est possible.

Tu peux écrire des mots, des phrases, des points d’interrogations, lâcher prise, fureter dans des chemins de traverse sinueux de tes nuits, de tes jours, de ton passé, ton présent ou ton avenir. Image de la mère, importance de cette figure maternelle qui m’a transmis oralement les contes, les histoires, les mots, les personnages magnifiques, extraordinaires. Qui m’a toujours dit qu’un ailleurs était possible bien qu’elle était toujours inquiète sur cet ailleurs. Elle m’a ouvert les fenêtres de mon imagination, j’ai pu m’envoler. Mon envol a souvent été lié à elle. J’ai accepté. J’ai dépassé les murs.

Lielie Sellier

Chorégraphie

Mes doigts glissent sur ta peau couleur d’ébène, le long de ta colonne vertébrale. Tu te tiens toujours si droit, corps sculpté par les exercices, la danse, les sauts, les mouvements, les heures d’entraînement. Corps instrument habilement maîtrisé. La colonne vertébrale de tes ancêtres était déformée, ils devaient tous courber le dos, baisser le regard, étouffer leurs émotions. La danse le soir autour du feu les reliait à un monde disparu. Les blancs les vendaient comme du bétail au plus offrant sur des estrades, corps nus à la vue de tous. Dans leurs êtres, leurs cœurs, ils restaient fiers.

La danse est tienne, elle coule dans tes veines. Tu regardes toujours droit devant toi. Quand tu danses, ton regard embrasse la salle et m’embrasse. Ta peau et la mienne deviennent métis, métissées dans cette chorégraphie à 2 sur un fil entre deux mondes. Corps enlacés, mes doigts ont rencontré les tiens, ils se frôlent, se serrent. Douceur de l’instant fugace où le temps semble suspendu loin de l’agitation du monde, loin de toute violence. Doigts entrelacés, corps lovés, nous regardons le ciel et ses paysages changeants. Sur la commode un bouquet de pétunias, pétales d’amour de couleurs pastel embaument nos cœurs. Sur la plage, je suis tes pas sur le sable jusqu’à l’infini.

Lielie Sellier

Du ciel.

Je regarde tous ces humains s’agiter. Je, tu, il, elle, nous, vous, eux : des histoires de vies, se croisent, s’entrecroisent, des vies se mêlent, se démêlent. Il y a les heureuses étourdies qui souhaitent apporter du bonheur aux humains, les gentils soignants qui enlèvement le mal du cerveau de leurs congénères, en enlevant une à une les pièces d’un puzzle qui s’est transformé en ciment, obstruant les beaux paysages de la terre à leurs vues.

D’autres prennent soin des corps blessés ou vieillis, de la planète, des animaux. Je remarque que ceux que je préfère observer possèdent le don de soi. Ils sont intéressés par la pédagogie, l’esprit d’équipe, la relation d’aide. Ils ne sont pas tous à faits libres mais décident un beau matin de larguer les amarres vers une certaine liberté, disant adieu aux carcans imposés. Leurs regards s’émerveillent à nouveau devant les visages d’il, d’elle, de nous, de vous, d’ils, d’elles. De là-haut, je leur souris. Continuez les enfants.

 

Lielie Sellier

Femmes.

La musique que j’écris, m’évoque les femmes qui ont traversé ma vie. Ma mère Olga, son corps musclé, à la fois fragile, qui a dansé sur les plus belle scènes des opéras. Mon premier amour, Mel avec qui je connus mes premiers émois, le goût des lèvres sucrées, la couleur rouge carmin de la séduction dans un printemps naissant. Gabrielle, l’engagée médecin sans frontières, rencontrée au Kenya, la chaleur, les enfants souriants, chaleureux, la passion, le bruit des tambours.

Barbara, la vagabonde, l’insoumise changeant d’humeurs comme la nature dans ses saisons variées. Je suis revenu dans les bras de Paris, la grande, toutes ces femmes m’ont inspirées. Farandole de notes, partitions de musique, concerts, un jour une lettre retrouvée dans ma vieille sacoche en cuir, la lettre dévoilée : Gabrielle, la vivante, la passionnée, foudroyée par un cancer quelques semaines plus tôt. Je me souviens, j’avais glissé cette lettre parmi d’autres dans ma sacoche un matin d’hiver. Gabrielle m’a légué sa fondation Hope. Voyage, au bout de la route l’Afrique comme un retour aux sources, à nouveau la chaleur, l’inconnu, le connu, sourire, tendre les bras à tous les enfants orphelins de Gabrielle. L’été de nouveau là.

Je serai pour ces enfants le père Noël. Espérance, espoir, amour, amitié, partage, transmettre, continuer la route, le sillon tracé par Gabrielle, semer des graines à l’infini, afin que poussent de la joie, de la nourriture, que l’eau jaillisse. L’œuvre de Gabrielle est mienne comme toutes ces femmes que j’ai aimées le long de ma vie. Merci pour tout, merci de m’avoir permis de devenir qui je suis. Je me plonge dans l’inconnu, dans l’inconfort parfois, dans d’autres traditions. Certains enfants m’appellent papa. Je vais m’enraciner à cet endroit et devenir un très vieil arbre. Gabrielle n’est pas loin, elle est au bout du chemin, elle repose un peu en hauteur du village. Elle veille sur nous, elle me parle parfois la nuit, je lui souris dans l’obscurité. L’Afrique multiple, sauvage, musicale est devenue mienne.

Lielie Sellier